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« Esprit jeune » reconnaître enfin la diversité des parcours !
Les jeunes générations sont confrontées au durcissement de leurs conditions d’entrée dans la vie
active alors même qu’elles devront financer les dépenses grandissantes de notre santé et de nos
retraites. L’équation se pose pour la première fois en ces termes alors que le sacro-saint modèle
« études-insertion-emploi stable-retraite » a quelque peu volé en éclat. Et si notre grande
responsabilité était d’offrir plus de confiance et de rêve à ces jeunes générations, d’entreprendre
cette profonde évolution sociale qu’ils s’interdisent d’espérer ? |
Un des enseignements du Livre Vert « Reconnaître
la valeur de la jeunesse » paru en juillet
et concluant les travaux de la Commission de
concertation jeunesse présidée par Martin
Hirsch, est qu’il faut une réforme profonde
du système d’orientation des jeunes.
« Il faut desserrer cette surdétermination
précoce par le diplôme » dit la sociologue
Cécile Van de Velde (EHESS). « La perspective
de l’entrée dans l’âge adulte est vécue
avec une angoisse et une pression en France.
On accentuera l’angoisse si l’on persiste
dans des parcours à sens unique. Dans les
pays scandinaves, il est normal de travailler,
puis d’étudier, de faire des allers-retours
entre monde du travail et universités. Il n’y
a aucune limite d’âge pour étudier. L’expérience
est valorisée autant que le diplôme.
Il n’y a pas cette appréhension mortifère
d’être sur des rails, sans droit à l’erreur, sans
chemin de traverse, si forte en France ».
Ce constat, synthétisé par une sociologue,
nous l’avons retrouvé dans les différentes
interviews menées à l’occasion de ce dossier
au niveau local. Du monde universitaire
à celui de la formation en alternance, en
passant par l’enseignement supérieur privé
ou par les dispositifs publics chargés de
l’insertion des jeunes, chacun s’accorde sur
la nécessité d’insuffler aux nouvelles générations
l’envie d’une vie professionnelle plus
« agile » que celle vécue par leurs aînés.
L’Université se remet en question
Les moyens à mettre en oeuvre peuvent
sembler un véritable luxe à l’échelle d’un
département. Mais le véritable gâchis serait
que les acteurs de la formation ne prennent
pas la mesure de leur mandat. Prenons
l’Université de La Rochelle par exemple, une
jeune université, à l’image de son président
Gérard Blanchard (47 ans). Ses effectifs sont
en croissance et elle a la responsabilité de
7 000 étudiants et de 750 salariés (sans
oublier les centaines d’intervenants).
Le message qu’elle veut faire passer est à
l’encontre des clichés de déconnexion du
monde de l’enseignement supérieur avec la
société. Cette équipe-là se démène pour ses
diplômés et revendique son rôle d’« ascenseur
social ».
« Depuis 2009 nous sommes une université
autonome ce qui nous donne plus de liberté
pour orienter nos efforts, gérer notre budget
(60 millions d’euros) et nos ressources humaines
(40 millions d’euros). C’est un très grand
changement ». L’Université de La Rochelle a
fait le choix d’investir fortement sur les parcours
dits « professionnalisant », c’est-à-dire
débouchant sur des métiers. Sur les 28 licences
(Bac + 3), la moitié sont des licences
professionnelles et une grande partie des
enseignements est assuré par des spécialistes
en fonction dans les entreprises.
« L’Université française a énormément changé
en créant des diplômes professionnels. Et
dans cette dynamique La Rochelle va beaucoup
plus loin. Nous avons lancé une Fondation
universitaire qui démarche les entreprises
pour développer des projets. L’entreprise
finance et l’Université développe et chacun y
retrouve sont compte. Parfois la coopération
est si productive qu’elle cerne un nouveau
besoin des entreprises et aboutit à la création
d’une filière universitaire diplômante.
Nous pouvons créer et valider ces nouveaux
cursus ».
Etonnant aussi ce discours d’un président
d’Université : « Notre pôle d’excellence est
l’insertion professionnelle. Nous mettons l’accent
sur l’orientation et l’accompagnement.
Nous faisons des enquêtes tous les ans et
nous les publions sur notre site Web. Tout est
transparent. En moyenne, 85% de nos diplômés
trouvent un emploi 3 mois après la sortie
de l’Université. Avec ces résultats je sais
que nous sommes compétitifs sur le marché
des formations ». Gérard Blanchard admet
cependant une carence du système français :
« Aujourd’hui l’esprit d’entreprendre existe
chez les jeunes mais peu l’envie de créer une
entreprise. Les jeunes recherchent avant tout
un emploi. La création n’est pas une valeur
encouragée en France, il y a un grand changement
culturel à effectuer. Cette attitude fait
un peu peur. L’échec est rédhibitoire dans
notre pays, aux USA cela fait partie des étapes
obligées avant d’atteindre la réussite ».
Alternance : la parole est aux entreprises
La formation en alternance est un dispositif
qui permet aux jeunes (et moins jeunes)
d’acquérir une formation initiale ou continue
et de mieux réussir ou réorienter leur(s) parcours
professionnel(s). Mais cela demande un
effort de la part des patrons. Il faut accepter
de voir un de ses salariés passer une partie de
son temps en formation, continuer à le payer
et même donner de son temps pour participer
à sa formation. François Fillon déclarait
le 18 septembre dernier : « Le gouvernement
a décidé de mettre l’accent sur l’alternance,
parce que nous sommes convaincus que l’alternance reste l’un des meilleurs moyens d’intégrer
le marché du travail, à tous les niveaux
de qualification… Si nous poussons l’alternance,
c’est parce qu’elle n’est pas épargnée
par la crise, et qu’il faut maintenant que nous
soyons en mesure de contrecarrer la tendance
à la baisse que nous avons observée
depuis le début d’année, dans le nombre
d’entrées en contrat d’apprentissage ou de
professionnalisation (NDLR : alors même que
le taux de chômage des jeunes a augmenté
trois fois plus vite que celui du reste de la
population depuis un an). Mais c’est aussi
parce que, crise ou pas crise, l’alternance a
toujours été trop peu développée en France.
Il y a aujourd’hui environ 600 000 jeunes en
alternance dans notre pays. En Allemagne, il
y en a un million et demi. Nous avons encore
une marge considérable pour faire aussi bien
que nos voisins ».
Près de 1 400 titres ou diplômes sont accessibles
par l’apprentissage : du CAP au diplôme
d’ingénieur. Et la grande nouveauté ces dernières
années est que de nombreuses universités
et grandes écoles (dont le groupe
Sup de Co La Rochelle) s’ouvrent à la filière.
Plus de 500 métiers sont accessibles par l’apprentissage
et près de 50 % des contrats sont
désormais signés dans le secteur tertiaire.
En Charente-Maritime, la plus importante
filière de formation en alternance est la Chambre
de Métiers et de l’Artisanat. Une force de
frappe qui reflète un poids économique souligne
Jean-Yves Chisson, secrétaire général et
directeur des services de la CMA : « Former
pour former ne sert à rien si ce n’est pas
adossé à un secteur économique. L’artisanat
en Charente-Maritime est la première force
économique par ses effectifs et son volume
d’affaires, c’est plus de 12 000 entreprises et
près de 26 000 salariés. Partant de cela, pour
avoir des jeunes compétents et du personnel
au fait des nouvelles techniques, mais aussi
pour avoir des chefs d’entreprises bien formés,
puisque c’est une des problématiques
de l’artisanat, nous développons un outil de
formation et une stratégie de formation. L’année
passée nous avons délivré un peu plus
d’1,2 millions d’heures stagiaires pour l’ensemble
de nos formations. Concernant plus
spécifiquement l’apprentissage, nous avions
près de 2 500 apprentis en formation ».
Comme le souligne Jean-Yves Chisson, si
les pouvoirs publics multiplient les incitations
destinées à encourager les entreprises
à recourir à l’apprentissage ou aux contrats
de formation en alternance, il reste un gros
travail d’information à faire auprès des entreprises.
Moins de 20 % des entreprises ont
recours à l’alternance dans le département.
Dans le domaine de l’artisanat, une entreprise
sur deux n’a pas de salariés et ce n’est pas
toujours pas manque de besoin. La CMA a
engagé plusieurs initiatives intéressantes afin
d’aider ses membres à mieux utiliser la formation
en alternance (voir encadré). Elle se
mobilise aussi autour d’une question cruciale :
près de 40 % des chefs d’entreprises artisanales
implantées en Charente-Maritime sont
âgés de 50 ans et plus, la transmission des
entreprises est donc un enjeu économique
fort de ces prochaines années.
Métier : chef d’entreprise
La Chambre de Métiers et de l’Artisanat (en
association avec les autres CMA de Poitou-
Charentes) a lancé en 2008 une « Ecole des
Repreneurs » qui aide sur la méthodologie
de reprise mais aussi sur le complément de
formation technique souvent nécessaire à la
reprise d’une activité. « Nous envisageons
aussi de créer une section qui, par la voie de
l’apprentissage, préparera une licence pro de
dirigeant des petites entreprises. Nous rencontrons
des jeunes qui pourraient devenir
des chefs d’entreprises et qui ont parfois
commencé un cursus universitaire sans projet
précis. Si nous pouvions allier un savoir
faire sur un métier et ces premiers acquis
théoriques de l’université, nous pourrions à
la fois trouver de bons repreneurs pour notre
secteur mais aussi trouver une sortie vers le
haut pour un certain nombre de jeunes promis
à l’échec s’ils poursuivaient des études
supérieures trop longues » explique Maïa
Mongondry, directrice du département des
services aux entreprises au sein de CMA 17.
« L’esprit entrepreneurial en France n’est pas
valorisé comme il peut l’être dans d’autres
pays. La crise des années 90 n’a rien arrangé et
a même poussé les parents à surprotéger leurs
enfants en les incitant à délaisser les risques et
à renoncer aux libertés que eux avaient prises
à leur époque. Je pense qu’il faut prendre la
pesanteur à rebrousse-poil, il faut dire aux jeunes
qu’ils peuvent vivre l’aventure et aussi qu’il
faut se battre contre le risque de précaution
maximum car cette attitude est une entrave
au développement personnel. Que serontils
dans 20 ans s’ils fuient tout risque dans
leurs jeunes années ? » plaide Daniel Peyron
de Sup de Co La Rochelle. « Le concept
proposé par la micro-entreprise fournit une
partie de la réponse au marché de l’emploi
dans les années qui viennent. Nos étudiants
sont déjà initiés à la micro-entreprise à travers
la vie associative du Groupe, dès la première
année, ils sont obligés de monter une activité
en équipe dans le domaine de leur choix.
C’est une des préoccupations de la CCI de
faire en sorte que nos étudiants soient initiés à
la démarche de l’entrepreneuriat. Nous organisons
des réunions avec des chefs d’entreprises
qui vont en début de cursus venir leur
parler de ce thème. On leur présentera également
tous les outils qui sont mis en place
par la CCI et qu’ils pourront utiliser en fin de
cursus. Pour préparer cette approche, nous
avons demandé à nos enseignants depuis des
années d’intégrer dans leurs cours, des études
de cas sur des PME/PMI et les micro activités »
poursuit le directeur de Sup de Co.
« La création d’entreprises est un facteur de
la pérennisation des jeunes en Charente-Maritime,
ils bénéficient de financeurs locaux et de
bourses tremplins. Toutes ces aides ont pour
but de motiver les candidats à entreprendre
et à venir renforcer le tissu économique »
souligne aussi Anne Aubert, qui, en qualité
de directrice de la Maison de la Réussite et
de l’Insertion Professionnelle (MRIP, basée au
Technoforum) est aussi à la croisée de nombreuses
initiatives.
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